Gestionnaire : naviguer les paradoxes du rôle

Par Geneviève Dicaire
20 juin 2014

Gestionnaire : naviguer les paradoxes du rôle

Le rôle de gestionnaire est rempli de paradoxes. Prendre des décisions rapidement sur des dossiers complexes. Livrer des résultats stratégiques tout en gérant un quotidien fragmenté et imprévisible. Être responsable de tout, en ne faisant rien de concret soi-même. Si vous vous reconnaissez dans ces paradoxes du gestionnaire, c’est normal. C’est le rôle.

Quoi qu’il fasse, le gestionnaire est sans cesse poursuivi par ce qu’il pourrait et devrait faire. — Henry Mintzberg

Pour moi, le meilleur gestionnaire n’est pas celui qui a tout résolu. C’est celui qui ne cesse de mieux se connaître, de s’améliorer, et qui navigue entre ces tensions avec équilibre. Plus il trouve son propre art de gérer, plus il a de plaisir et de succès.

Voici trois paradoxes inspirés du livre Gérer (tout simplement) de Mintzberg, et surtout, ce que j’ai appris à en faire.

Paradoxe 1 : la superficialité du gestionnaire

Comment approfondir la réflexion quand la pression pour obtenir des résultats est omniprésente ? C’est l’un des paradoxes du gestionnaire les plus difficiles à naviguer.

J’ai connu des gestionnaires qui valorisaient à l’extrême la décision rapide : « J’ai pris 50 décisions aujourd’hui ! » D’autres, au contraire, n’osaient pas décider du tout. Aucun des deux extrêmes ne fonctionne.

Le bon équilibre se trouve entre les deux. Voici comment y arriver concrètement :

  • Faites une analyse sommaire des impacts et des risques. Une liste de pour et contre sur un post-it suffit souvent pour relativiser. Un appel rapide à un collègue ou à votre patron pour un deuxième avis peut aussi faire toute la différence.
  • Soyez créatif dans votre façon d’analyser. Vous n’avez pas besoin de tout savoir. Connaître les impacts, les risques et les personnes clés suffit pour prendre une bonne décision. Inscrivez vos priorités clairement et utilisez-les comme filtre.

Si la prise de décision est un défi pour vous, l’article comment prendre des décisions rapidement vous donnera des outils concrets. La formation en courage managérial peut aussi vous aider à développer votre capacité à décider, même dans l’incertitude.

Questions de réflexion

  • Êtes-vous plutôt dans le camp des 50 décisions rapides, ou dans celui qui hésite trop longtemps ?
  • Quel serait votre meilleur équilibre entre profondeur et rapidité ?

Paradoxe 2 : la planification, défi classique du gestionnaire

Comment planifier et concevoir des stratégies quand le quotidien prend toute la place ? C’est un autre paradoxe classique du gestionnaire : on sait que la planification est essentielle, mais on n’arrive jamais à s’y consacrer vraiment.

Ce qui a fonctionné pour moi, c’est de créer une routine et de la respecter. Voici les trois éléments que j’ai mis en place :

  • Une routine du matin. Chaque matin, je valide mes objectifs du jour et comment ils s’alignent avec mes objectifs à moyen et long terme. J’ajuste ensuite mon agenda en conséquence. Oui, ça veut dire parfois annuler ou reporter des rencontres.
  • La priorité à mon rôle réel. Qu’est-ce que les autres attendent de vous en tant que gestionnaire ? Que vous preniez des décisions ? Que vous soyez au courant des enjeux ? Que vous travailliez sur vos orientations ? Alors pourquoi passez-vous autant de temps en réunion ? Osez dire non.
  • Des plages bloquées et respectées. J’avais deux plages dans mon calendrier : avant 10h et après 16h. Ce qui a vraiment fonctionné, c’est de les respecter. Cela me permettait de m’organiser, de gérer les urgences et de faire tout le côté informel de mon travail. Communiquez ces plages à votre équipe. Vous verrez les gens venir à votre bureau et vous réglerez plus de dossiers en passant qu’en réunion.

Questions de réflexion

  • Quelle routine pourriez-vous mettre en place dès cette semaine ?
  • Comment allez-vous la communiquer à votre équipe ?
  • Y a-t-il des réunions dans votre agenda que vous pourriez annuler ou déléguer ?

Paradoxe 3 : le recul, un luxe pour le gestionnaire ?

Comment garder le cap stratégique tout en gérant le quotidien, les imprévus et encore les imprévus ? C’est peut-être le paradoxe du gestionnaire le plus universel.

Vous reconnaissez-vous dans ce scénario ? Vous participez à une rencontre de planification stratégique une fois par année. Le temps de vous y préparer a été difficile à libérer. À votre retour, vous êtes submergé par le flot de travail et vous laissez tranquillement les orientations de côté. Jusqu’à la prochaine année.

Ce qui m’aide à garder le recul, c’est un rythme simple : un micro-point mensuel et un point formel trimestriel. À chaque fois, je révise, je communique, je fais le suivi et j’ajuste. Pas besoin que ce soit long. L’essentiel, c’est la régularité.

Pour aller plus loin sur la présence sans tomber dans le piège du micro-management, l’article comment être un gestionnaire présent sans micro-gestion aborde exactement cette tension.

Questions de réflexion

  • À quel point vos objectifs vous motivent-ils vraiment ?
  • Savez-vous clairement dans quelle direction vous allez ?
  • Préférez-vous un rôle de sauveur ou un rôle de guide ?
  • Qu’allez-vous faire cette semaine pour trouver plus d’équilibre ?

L’art d’être gestionnaire : trouver son propre équilibre

Ces trois paradoxes du gestionnaire n’ont pas de solution parfaite. En revanche, ils ont une réponse commune : se connaître, s’ajuster, et continuer d’apprendre.

La gestion, c’est un art. Pas une science exacte. Plus vous trouvez votre propre façon de naviguer entre ces tensions, plus vous prenez de plaisir dans votre rôle. Et plus votre équipe en bénéficie.

FAQ — Paradoxes du gestionnaire

Qu’est-ce que les paradoxes du gestionnaire ?
Les paradoxes du gestionnaire sont des tensions inhérentes au rôle : devoir décider rapidement sur des sujets complexes, planifier dans un quotidien fragmenté, garder le cap stratégique tout en gérant les urgences. Mintzberg les a théorisés, mais tout gestionnaire les vit au quotidien.

Comment trouver l’équilibre entre décisions rapides et réflexion approfondie ?
En créant des filtres de décision clairs : vos priorités, une analyse sommaire des impacts et des risques, et au besoin un deuxième avis. L’objectif n’est pas de tout analyser, mais de décider avec suffisamment d’information pour avancer.

Comment garder une vision stratégique quand le quotidien prend toute la place ?
En instaurant une routine de révision régulière : un micro-point mensuel et un point formel trimestriel. La régularité compte plus que la durée. Quelques minutes par semaine suffisent pour maintenir le cap.

Le meilleur gestionnaire n’est pas celui qui a tout résolu. C’est celui qui ne cesse de chercher son propre équilibre.

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