Bon patron : ce que personne ne vous a appris

Par Geneviève Dicaire
2 avril 2014

Bon patron : ce que personne ne vous a appris

Un bon patron, ça ne se résume pas à une liste de qualités. J’en suis convaincue — et j’ai mis des années à comprendre pourquoi. Ce qui fait vraiment la différence, c’est ce qu’on apprend sur le terrain, souvent à la dure, dans des moments qu’on n’avait pas planifiés.

Voici ce qui a tout changé pour moi.

Le jour où j’ai réalisé que j’écoutais mal

Je venais d’être nommée à un poste de direction. J’étais fière, motivée, et convaincue de savoir comment bien faire le travail.

Un employé venait régulièrement à mon bureau. À chaque fois, pendant qu’il me parlait, mon cerveau analysait, cherchait, définissait le problème. Dès qu’il terminait, je lançais ma solution — avec fierté. C’est ce qu’on avait toujours apprécié de moi : trouver des solutions et livrer.

Sauf que notre relation ne s’améliorait pas. Je ne comprenais pas pourquoi.

Un jour, quelqu’un m’a dit : « Tu dois simplement écouter. Cette personne ne veut pas de solution. Elle veut parler avec toi. »

Ça m’a arrêtée net.

Je n’avais jamais capté qu’on pouvait avoir ce besoin — juste parler, développer une relation au travail. Et j’ai réalisé, en même temps, que je faisais exactement la même chose avec mon propre patron. Les fois où il me proposait une solution, j’en ressortais frustrée. Maintenant je comprenais pourquoi.

Être un bon patron, c’est apprendre à vraiment écouter

Ce n’est pas une compétence qu’on nous enseigne. On nous apprend à résoudre, à livrer, à performer. Pas à écouter.

Pourtant, c’est souvent là que tout se joue.

Ce que j’ai appris à faire concrètement :

  • Chercher à comprendre le fond de l’histoire — poser des questions sur le contexte, reformuler ce que l’autre dit.
  • Me concentrer sur la compréhension, pas sur la solution. Débrancher le mode « résolution de problème » pendant que l’autre parle.
  • Nommer les émotions et les valeurs en jeu. « Je comprends que l’équité est importante pour toi. » « Je vois que tu as utilisé ton bon jugement. »

Voici un exemple concret. Un chef d’équipe vient se plaindre qu’un collègue récupère tout le crédit d’un dossier sur lequel il a pourtant travaillé deux fois plus. Vous êtes le patron. Laquelle de ces deux réponses crée une meilleure relation ?

Option 1 : « Calme-toi, va discuter avec ton collègue et trouvez une solution. »

Option 2 : « Tu as du courage de venir m’en parler. Je comprends que l’équité est importante pour toi. Quelles sont les options que tu vois à partir d’ici ? »

La deuxième réponse ne règle pas le problème à la place de l’employé. Elle crée un espace de confiance. Et c’est exactement ça, le rôle d’un bon patron.

Questions de réflexion

  • Quand quelqu’un vous parle, cherchez-vous une solution — ou cherchez-vous à comprendre ?
  • Avez-vous déjà quitté une conversation avec votre patron frustré, sans trop savoir pourquoi ?
  • Qu’est-ce que les gens de votre équipe viennent vraiment chercher quand ils frappent à votre porte ?

Un bon patron partage aussi quelque chose de lui

Il y a un piège dans lequel beaucoup de gestionnaires tombent, moi la première.

On pense qu’en position d’autorité, il faut avoir l’air solide, maîtrisé, parfait. Que montrer ses failles, c’est perdre du terrain.

C’est l’inverse.

C’est difficile d’entrer en relation avec quelqu’un de parfait. Vos employés le savent — vous avez une vie, des doutes, des expériences. Ne pas les communiquer ne contribue pas à créer une relation. Ça crée une distance.

Je ne parle pas de partager votre vie privée. Je parle de vous montrer humain : partager une expérience professionnelle, trouver un point commun, ouvrir un canal de communication réel.

Voici un autre exemple. Un chef de projet démarre un projet avec son équipe et rencontre chaque membre individuellement. Laquelle de ces deux approches crée une meilleure relation ?

Option 1 : « Quels sont les points que tu aimerais développer sur ce projet ? »

Option 2 : « Dans ce projet, j’aimerais améliorer mon analyse d’impact sur le département XYZ. De ton côté, quels sont les points que tu aimerais développer ? »

La deuxième approche dit : je suis aussi en apprentissage. On est dans ce projet ensemble. C’est ça, ouvrir un vrai canal de communication.

Questions de réflexion

  • Est-ce que vous partagez quelque chose de vous-même avec votre équipe — ou restez-vous strictement dans le rôle ?
  • Vos employés vous connaissent-ils un minimum comme personne, ou seulement comme gestionnaire ?
  • Qu’est-ce que vous pourriez partager dans votre prochain entretien individuel pour ouvrir le dialogue ?

La relation de confiance rend les messages difficiles possibles

Il y a une chose que j’affirme sans hésiter après des années sur le terrain.

Les messages difficiles sont mille fois plus faciles à passer quand on a bâti un canal de confiance.

J’ai donné du feedback direct, parfois très difficile, à des gens qui m’en ont remercié. Pas parce que j’avais les bons mots. Parce qu’ils me connaissaient, je les connaissais, et on comprenait nos rôles respectifs.

C’est ça, la vraie compétence d’un bon patron. Pas d’avoir toutes les réponses. Pas d’être parfait. Mais d’avoir investi dans la relation avant que les moments difficiles arrivent.

Pour aller plus loin sur les conversations difficiles :

Comment avoir des conversations difficiles au travail

Et pour développer votre empathie au quotidien :

L’empathie, quand on n’en a pas envie

Ce que ça change concrètement dans votre équipe

Quand vous développez ces deux compétences : écouter vraiment, et vous montrer humain. Voici ce qui change :

  • Les gens viennent vous voir plus tôt, avant que les problèmes explosent.
  • Votre équipe prend de meilleures décisions, parce qu’elle vous fait confiance pour les recadrer si nécessaire.
  • Vous passez moins de temps à gérer des conflits — et plus de temps à livrer.
  • Les départs diminuent. Parce que les gens ne quittent pas les entreprises — ils quittent leurs patrons.

Pour travailler votre communication en profondeur — que vous soyez gestionnaire terrain ou dans une équipe technique :

Formation — Communication et leadership

Formation — Communiquer comme un coach

Questions de réflexion

  • Dans votre équipe, les gens viennent-ils vous voir tôt  ou seulement quand c’est urgent ?
  • Avez-vous déjà perdu un bon employé que vous n’aviez pas vu venir ?
  • Qu’est-ce que vous pourriez changer dès cette semaine dans votre façon d’écouter ?

Être un bon patron, ça s’apprend et ça se choisit

Je remercie les défauts des patrons que j’ai eus. Ils ont contribué à ce que je suis devenue.

Je ne prétends pas être parfaite. J’apprends encore. Chaque jour. C’est mon engagement — comme coach, et comme leader.

Être gestionnaire, ça ne s’apprend pas dans un manuel. Mintzberg lui-même le dit : la gestion s’apprend sur le terrain. Mais on n’a pas à apprendre seul. Se faire accompagner, c’est avancer plus vite — et éviter de faire payer l’apprentissage à son équipe.

Ce n’est pas votre titre qui fait de vous un bon patron. C’est ce que les gens ressentent après vous avoir parlé.

Questions fréquentes sur le bon patron

Qu’est-ce qui distingue un bon patron d’un mauvais patron ?

Un bon patron crée un espace où les gens peuvent parler, se tromper et grandir. Ce n’est pas une question de personnalité ou de charisme — c’est une question de compétences relationnelles développées : écoute active, empathie, et capacité à donner un feedback direct dans un contexte de confiance.

Comment devenir un meilleur patron concrètement ?

En commençant par observer votre mode d’écoute. Est-ce que vous cherchez une solution pendant que l’autre parle — ou cherchez-vous vraiment à comprendre ? Changer cette habitude seule peut transformer la dynamique de votre équipe en quelques semaines.

Est-ce qu’un bon patron doit être aimé de son équipe ?

Pas nécessairement aimé — mais respecté et fait confiance. Un bon patron peut donner des messages difficiles, poser des limites claires et prendre des décisions impopulaires. Ce qui compte, c’est que son équipe sache qu’il agit avec intégrité et qu’il les connaît vraiment.

Peut-on apprendre à être un bon patron ?

Oui. C’est une compétence, pas un trait de personnalité fixe. L’empathie, l’écoute active, la communication — tout ça se développe avec de la pratique, du feedback, et souvent un accompagnement. Les meilleurs gestionnaires que j’ai observés ne sont pas ceux qui avaient le plus de talent naturel. Ce sont ceux qui ont choisi d’apprendre.

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